Célébrée chaque 20 juin, la Journée mondiale des réfugiés met en exergue le courage et la résilience de millions de personnes contraintes de fuir les conflits, les persécutions et les crises humanitaires. Instituée par les Nations unies au début des années 2000, cette journée consacre plus de deux décennies de reconnaissance internationale de la condition des réfugiés.
En 2026, cette commémoration intervient dans un contexte particulièrement préoccupant pour les pays d’accueil, parmi lesquels le Tchad, considéré comme l’un des principaux pays hôtes en Afrique. Ce fardeau devient d’autant plus lourd que la réduction de plusieurs financements internationaux destinés à l’aide humanitaire fragilise les mécanismes de prise en charge des populations déplacées. Cette baisse des financements, notamment de certains programmes américains, se fait déjà ressentir sur le terrain.
Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Tchad fait face à un besoin urgent de financements accrus afin de stabiliser un contexte socio-économique déjà fragile, particulièrement dans les zones d’accueil de l’Est du pays. L’agence onusienne estime que ce soutien est indispensable pour permettre au Tchad de maintenir sa politique d’ouverture et d’assistance envers les réfugiés.

Le HCR indique que le Tchad accueille actuellement environ 2,25 millions de personnes déplacées de force, dont près de 1,54 million de réfugiés et demandeurs d’asile. Parmi eux figurent plus de 1,3 million de réfugiés soudanais arrivés depuis 2023, auxquels s’ajoutent des réfugiés centrafricains, nigérians et camerounais, ainsi que des déplacés internes dans la région du lac Tchad. Par ailleurs, plus de 400 000 ressortissants tchadiens ont été contraints de rentrer du Soudan depuis le début de la crise, accentuant davantage la pression démographique et humanitaire.
Cet afflux massif a conduit les autorités tchadiennes à déclarer l’état d’urgence en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Les principales zones d’accueil se situent à l’Est du pays, notamment dans les provinces de l’Ouaddaï (Adré, Abéché), du Wadi Fira, du Sila et de l’Ennedi Est. Dans certaines localités frontalières comme Adré, la population réfugiée dépasse parfois celle des communautés hôtes.
Dans plusieurs localités du pays, réfugiés et populations locales partagent les mêmes difficultés liées à l’accès à l’alimentation, à l’eau potable, aux soins de santé, à l’éducation et aux moyens de subsistance. La réduction des financements humanitaires entraîne déjà une diminution de certaines aides essentielles, aggravant la vulnérabilité des réfugiés comme celle des communautés d’accueil. Le HCR estime que les femmes et les enfants représentent près de 90 % des réfugiés et qu’environ 77 % des femmes arrivent seules au Tchad avec des enfants, ce qui accroît considérablement les besoins en protection et en assistance.
Dans ce contexte, les risques sanitaires, la précarité économique et les tensions liées à la rareté des ressources constituent des défis majeurs pour le Tchad et ses partenaires humanitaires.
Malgré ses contraintes de développement, le Tchad continue d’assumer une lourde responsabilité humanitaire au nom de la solidarité internationale. Toutefois, cet engagement ne peut être durable sans un appui accru et pérenne de la communauté internationale. En cette Journée mondiale des réfugiés, l’urgence d’une solidarité renforcée s’impose, tant envers les personnes déplacées qu’envers les pays d’accueil. Car soutenir les réfugiés, c’est aussi préserver l’équilibre, la stabilité et la résilience des États et des communautés qui les accueillent.
Cheik Souleyman

