• 3 avril 2025
  • N'Djamena

Jeunesse tchadienne : fer de lance rouillé?

Jeunesse tchadienne : fer de lance rouillé?

Partout à N’Djamena, que ce soit au bord du fleuve Chari, près de la basilique, sous les viaducs ou à la place de la Nation, des jeunes s’adonnent à la consommation de produits psychotropes. La drogue, la cigarette, l’alcool et surtout l’alcool frelaté sont en vogue. Ce qui inquiète, c’est l’implication croissante des jeunes, et ce, pour diverses raisons.

Certains évoquent le chômage comme cause principale. Mais en quoi la consommation de produits prohibés, coûteux et nocifs pourrait-elle aider à décrocher un emploi ? Cet argument doit être nuancé par celui d’autres jeunes qui consomment ces substances par curiosité, imitation, désir d’intégration ou pour améliorer leurs performances.

Quelle que soit la raison, ces produits ne sont en aucun cas recommandés, surtout pour la jeunesse, souvent désignée comme le fer de lance de la nation. Ces substances, à l’exemple de l’alcool frelaté, ruinent la santé et l’avenir des jeunes. Selon Djimtolnan Yeungar Étienne, psychiatre et addictologue, « l’alcool frelaté contient parfois du méthanol, une substance très toxique pour l’organisme. Ces produits, hypertoniques, affectent gravement le cerveau, le foie et les reins. Ils altèrent l’anatomie de ces organes, ainsi que les émotions et les sentiments. C’est pourquoi les jeunes qui en consomment deviennent impulsifs, ont des difficultés à se concentrer et à étudier. Cela peut même conduire à l’abandon des études. »

Des mesures non respectées

Selon l’Indice mondial du crime organisé de Global Initiative, le Tchad n’est pas parmi les grands pays consommateurs de ces produits interdits, mais « il est considéré comme un pays de transit pour l’héroïne ». À plusieurs reprises, y compris en novembre 2024, la douane tchadienne a saisi des cargaisons de tramadol, de cigarettes et d’autres produits prohibés d’une valeur d’un milliard de francs CFA. Que dire de la saisie d’une valeur de 20 milliards incinérée à Klessoum en 2020 ? Ces saisies rappellent que nos frontières restent poreuses, alors que la prévention commence par leur sécurisation.

Un autre rappel : par le décret n°2835 du 5 septembre 2022, le gouvernement a interdit l’importation, la fabrication, la détention, la circulation, la vente et la consommation de boissons frelatées sur l’ensemble du territoire national. Pourtant, à ce jour, ces produits continuent d’être distribués dans tout le pays et sont même fabriqués à N’Djamena et à Moundou.

Vivement une prise de conscience de la jeunesse tchadienne pour sortir de cette addiction qui ne fait que la ruiner et l’exposer chaque jour à de risques de plus en plus élevés.