• 6 mars 2026
  • N'Djamena

FTFA : Recruter un sélectionneur suffit-il pour relever les SAO ?

FTFA : Recruter un sélectionneur suffit-il pour relever les SAO ?

La Fédération Tchadienne de Football Association (FTFA) a lancé, le 1er juillet 2025, un appel à candidatures pour recruter un nouveau sélectionneur des SAO, l’équipe nationale senior. Un poste de prestige, mais aussi un véritable casse-tête. Car derrière cette annonce se cache une réalité bien plus complexe que la simple désignation d’un technicien.

La FTFA recherche un profil idéal, « un entraîneur expérimenté, passionné, visionnaire, capable à lui seul de bâtir une équipe compétitive, de développer les talents locaux et de hisser le football tchadien au sommet du continent, voire au-delà », selon le document. Une ambition légitime, mais largement irréaliste si elle repose uniquement sur les épaules d’un seul homme.

Peut-on espérer qu’un entraîneur, aussi brillant soit-il, accomplisse cette mission titanesque dans un environnement où les moyens sont limités, les infrastructures peu développées et les talents souvent ignorés faute d’une détection structurée ? Certainement pas. Construire une équipe nationale forte nécessite bien plus qu’un bon sélectionneur. C’est un travail de longue haleine, qui implique une politique sportive cohérente, des centres de formation efficaces, un championnat national compétitif, et surtout une volonté politique claire d’investir durablement dans le football. Et c’est précisément là que se situe le véritable problème.

Le Tchad ne semble pas prêt à investir sérieusement dans son football. Le choix de chercher un « sauveur » au lieu de bâtir une stratégie nationale traduit une fuite en avant. Une vision à court terme qui risque de reproduire les échecs du passé.

Autre interrogation : pourquoi la FTFA n’a-t-elle pas associé les anciennes gloires du football tchadien à cette réflexion ? Des figures comme Nambatingué Toko, Japhet N’Doram, Maître Toro, Bébé Djaz, Samba Touré ou encore Abdoulaye Karaté, qui ont brillé sur la scène internationale, pourraient apporter leur expérience et leur regard critique pour poser les bases d’un véritable renouveau. Les ignorer, c’est passer à côté d’un patrimoine humain précieux.

Au fond, c’est toute la gouvernance du football tchadien qu’il faut repenser. Un sélectionneur ne fera pas de miracle si le système reste fragile. Il faut des réformes en profondeur, une meilleure gestion des ressources, un programme de formation ambitieux pour les jeunes et l’implication de toutes les forces vives du football tchadien. Sans cela, le football tchadien continuera d’osciller entre espoirs déçus et occasions manquées.

Yohan Djimet Djibrine