À l’occasion de la Journée mondiale de la radio, célébrée chaque année le 13 février, la Radio Ifrikya FM (Algérie) a organisé, le jeudi 13 février 2025, un forum de débat intitulé « L’Afrique face aux défis climatiques ». L’événement, qui s’est tenu au centre culturel Aïssa Messaoudi de la Radio Algérienne, a réuni plusieurs spécialistes ayant abordé la question sous divers angles afin d’examiner les impacts du changement climatique sur le continent africain.
Les participants ont mis en exergue la vulnérabilité des pays africains face aux changements climatiques, qui fragilisent davantage les économies locales. Ils ont également souligné les corrélations entre ces bouleversements et les conflits communautaires et armés, la propagation des maladies ainsi que la question migratoire. Pire encore, certains territoires risquent de disparaître en raison de l’érosion des côtes maritimes. Pourtant, les pays africains ne sont pas responsables du réchauffement climatique qui affecte la planète depuis plusieurs décennies. En effet, ce sont les pays développés qui constituent la principale source de pollution et d’émission de gaz à effet de serre, comme l’ont rappelé les experts présents.
Le changement climatique, source d’appauvrissement et de conflits

Lors de son intervention, Abdelhadi Ammari, expert en hydraulique et hydro-climatologie, a mis en évidence le lien étroit qui unit les populations africaines à leur environnement naturel. « Une grande partie des activités des populations africaines repose sur le travail de la terre, notamment l’agriculture, l’élevage et la pêche. Tout changement des paramètres climatiques impacte directement leur quotidien ainsi que les économies africaines », a-t-il souligné. Il a insisté sur la nécessité de prendre cette question au sérieux, affirmant qu’il en va de l’existence même de l’humanité.
L’expert a également posé une réflexion fondamentale : « Depuis la nuit des temps, l’être humain s’est adapté à la nature. Je me pose toujours la question : pourquoi, à l’ère moderne, voudrait-on que ce soit la nature qui s’adapte à l’homme ? ». Selon lui, « c’est à nous de nous adapter en modifiant nos habitudes de consommation, nos modes de production et notre utilisation des ressources énergétiques, car celles-ci sont limitées ».
De son côté, Mahfouf Kaoubi, expert en économie et finances, a analysé l’impact des changements climatiques sous l’angle des structures économiques. Il a rappelé que 45 % du PIB de 80 % des pays africains est lié au secteur agricole, ce qui engendre des conséquences catastrophiques pour ces économies directement dépendantes du climat. Selon lui, cette situation fragilise davantage ces États sur le plan social, économique et institutionnel, rendant la problématique climatique encore plus visible et complexe sur le continent.
Plaider pour une solution africaine
Lors des débats, les panélistes ont unanimement affirmé que la solution doit venir des Africains eux-mêmes, notamment en développant leurs économies et en effectuant une transition vers les énergies renouvelables. « Il est urgent de mobiliser les financements nécessaires pour assurer cette transition, car le coût de l’inaction sera bien plus élevé », a averti Abdelhadi Ammari.
Dans le même sillage, Abderahmane Boukadoum, représentant algérien du ministère de l’Environnement et de la Qualité de vie, a souligné la complexité des mécanismes de financement pour relever les défis du changement climatique, en particulier en raison de l’endettement des pays en développement. « Les bailleurs de fonds ne vous donnent pas d’argent, ils vous le prêtent, ce qui accroît encore plus l’endettement des pays africains », a-t-il dénoncé.
Pour sa part, Ahmed Kateb, chercheur en science politique à l’Institut national d’études de stratégie globale (INESG), a plaidé pour une autonomie des solutions africaines, indépendantes des forces dominantes du monde. « Les Africains doivent s’approprier ces problématiques et se détacher des agendas internationaux. Nous ne pouvons pas continuer à accepter les directives imposées par les institutions financières internationales, le grand capital et les multinationales sans avoir notre mot à dire », a-t-il déclaré.
Il a également insisté sur l’importance d’une prise de conscience collective, ajoutant que « le véritable enjeu réside dans la construction d’une nouvelle conscience africaine. C’est là que se joue le néo-panafricanisme, qui nous permettra d’affronter ces défis cruciaux et de façonner notre avenir ».
Enfin, Mohamed Saim, directeur de la Radio Ifrikya FM, est revenu sur le rôle crucial des médias dans la sensibilisation des populations africaines aux enjeux du changement climatique. Il a réaffirmé l’engagement de la Radio Ifrikya FM à intensifier ses efforts en tant que service public, en diffusant ses programmes dans plusieurs langues africaines, afin d’accompagner l’ensemble des acteurs impliqués dans cette lutte.