Présenté comme une solution durable aux problèmes de gestion de l’eau dans la province de l’Ennedi-Est, le projet de drainage reliant Kariari à Amdjarass connaît aujourd’hui un arrêt prolongé qui inquiète plus d’un. Entre retards inexpliqués, absence de suivi et inquiétude des populations, le chantier suscite de nombreuses interrogations sur sa finalisation , sa gestion et son avenir.
Annoncé en grande pompe par les autorités, ce projet ambitieux devait améliorer durablement l’approvisionnement en eau et prévenir les inondations récurrentes. Prévu pour être livré dans un délai de six mois après le lancement des travaux, il peine pourtant à avancer. Selon le dernier rapport transmis à la Présidence de la République, seuls 12 kilomètres de tranchées auraient été réalisés sur les 55 prévus. Un taux d’exécution jugé « appréciable » sur le papier, mais qui ne correspond pas aux réalités observées sur le terrain. Sur place, le constat est alarmant : aucun engin n’est visible, aucune présence d’ouvriers, et les tranchées ouvertes sont désormais remplies d’eau stagnante, transformant les zones creusées en mares boueuses. Ces conditions rendent toute reprise des travaux impossible sans une réhabilitation préalable du site. Le chantier, jadis porteur d’espoir pour les habitants de Kariari, d’Amdjarass et des localités environnantes, donne aujourd’hui l’image d’un projet à l’abandon.
Cette disparité entre les rapports officiels et la réalité du terrain nourrit les soupçons d’irrégularités, de rapports embellis ou de dysfonctionnements dans la gestion du projet. Le silence des autorités compétentes alimente davantage l’incompréhension et la déception des populations.
Face à cette situation, plusieurs voix s’élèvent pour réclamer la mise en place d’un audit technique indépendant, rigoureux et transparent. Cet audit devrait permettre de déterminer l’état réel d’avancement des travaux, d’identifier les causes du blocage, et surtout d’évaluer la gestion des fonds engagés, afin de situer les responsabilités à tous les niveaux.
Enfin, la réussite de ce projet conditionne non seulement la confiance des citoyens dans l’action publique, mais aussi le bon usage des deniers de l’État. Pour qu’il ne devienne pas le symbole d’un échec de plus, le projet de drainage Kariari-Amdjarass mérite d’être remis sur les rails avec rigueur, transparence et sens du devoir public par un audit.
Abdoussamat Mahamat Djouma, Correspondant

