À onze kilomètres de Bahai, dans la province de l’Ennedi Est, le village de Gregui incarne une réalité éducative aussi alarmante que silencieuse. Ici, l’école du village se limite à une seule salle de classe de fortune, construite à base d’herbes et de matériaux rudimentaires, d’à peine quatre mètres carrés. Dans cet espace exigu, des dizaines d’enfants tentent pourtant de poursuivre leur rêve : celui d’apprendre.
Malgré des conditions d’enseignement extrêmement précaires, les élèves s’y rendent chaque jour avec l’espoir d’un avenir meilleur. L’établissement ne dispose que d’un seul enseignant, Joseph Bersou, un maître communautaire recruté et rémunéré par les parents d’élèves. Un engagement qui témoigne de la volonté locale de sauver, tant bien que mal, ce qui reste de l’éducation dans cette zone reculée.

Cependant, l’école souffre d’un abandon quasi total de la part des pouvoirs publics. Aucune infrastructure durable, aucun mobilier scolaire, aucun manuel didactique, encore moins de matériel pédagogique. Les élèves sont entassés dans un espace inadapté, privés des conditions minimales d’apprentissage. Les cours se déroulent dans une improvisation quotidienne, empêchant tout réel suivi pédagogique.
Autre fait inquiétant , aucune fille ne figure parmi les élèves. Une absence révélatrice, à la fois du poids des contraintes matérielles et de la persistance des pesanteurs socioculturelles. Selon l’enseignant, de nombreux parents refusent encore d’envoyer leurs enfants à l’école, particulièrement les filles. Entre traditions, peur de l’inconnu et manque de sensibilisation, l’éducation demeure perçue par certains comme secondaire, voire inutile.
Cette situation interroge : comment ces enfants peuvent-ils bâtir leur avenir dans un environnement où tout manque espace, enseignants, matériel et soutien institutionnel ? Le contraste entre leur soif d’apprendre et la précarité du cadre scolaire est frappant et profondément préoccupant.

À Gregui, comme dans bien d’autres villages oubliés, l’éducation reste un combat quotidien. Une mobilisation urgente des autorités, des partenaires au développement et de la communauté locale s’impose. Car offrir à ces enfants une école digne n’est pas seulement une exigence sociale : c’est un devoir moral envers une génération qui aspire simplement à apprendre pour mieux vivre.
Abdoussamat Mahamat

