Le 25 juin 2025, les résultats du baccalauréat ont été publiés. D’emblée, un constat s’impose : plus de 51 % des candidats n’ont pas atteint la note minimale pour être repêchés à la deuxième session. Un résultat alarmant, mais nullement surprenant pour qui observe, depuis plusieurs années, l’évolution du système éducatif tchadien.
En effet, la baisse du niveau s’explique par une série de réformes discutables : l’instauration du passage automatique, la suppression du concours d’entrée en 6ᵉ, ou encore la validation d’années scolaires écourtées, parfois réduites à trois ou quatre mois de cours. Par ailleurs, s’ajoutent à ces dysfonctionnements le clientélisme, l’indiscipline généralisée et le relâchement des exigences académiques. Ainsi, les élèves changent de classe sans pour autant maîtriser les compétences attendues.
Dans ce contexte, la tricherie s’est progressivement banalisée. Pis encore, elle ne provoque plus ni honte ni culpabilité. Selon Guirayo Jérémie, président du jury du baccalauréat, pas moins de 1 585 candidats ont été pris en flagrant délit de fraude lors de la première série d’épreuves écrites. Et pourtant, ce chiffre ne tient compte ni des cas passés sous silence ni des tricheurs habiles qui ont échappé à la vigilance des surveillants.
De surcroît, ce phénomène ne s’arrête pas au niveau secondaire. À l’université, il s’aggrave, gagnant en organisation et en technologie. D’une part, peu d’étudiants s’investissent dans l’étude ou la recherche personnelle. D’autre part, la fraude s’organise en réseau, les smartphones Android servant souvent de relais discrets pour l’échange de réponses.
Même les établissements les plus réputés ne sont pas épargnés. À l’École nationale supérieure des travaux publics (ENSTP), certains enseignants rapportent que des élèves, pris en flagrant délit, vont jusqu’à réprimander les surveillants, ce qui traduit une inversion préoccupante des rapports d’autorité. Dès lors, peut-on espérer un redressement éducatif dans un système où les relations personnelles priment sur l’excellence, et où la complaisance supplante l’exigence ?
Enfin, face à l’enracinement de ce phénomène, la question n’est plus de savoir s’il existe, mais bien comment y remédier. Car, si la tricherie continue à s’imposer comme norme, c’est non seulement l’avenir du système éducatif tchadien qui est compromis, mais également celui du pays tout entier.
Lanka Daba Armel

