• 7 mars 2026
  • N'Djamena

Abandon de bébés : une pratique banalisée et impunie qui gangrène la société

Abandon de bébés : une pratique banalisée et impunie qui gangrène la société

L’abandon de nourrissons n’est plus un fait divers isolé. Il est devenu un phénomène récurrent qui révèle une crise profonde des valeurs sociales et de la responsabilité parentale. De plus en plus souvent, des nouveau-nés sont retrouvés dans des conditions inhumaines jetés dans des caniveaux, des latrines, des dépotoirs ou abandonnés au bord des routes , les exposant à une mort presque certaine. Ces actes constituent une violation flagrante du droit à la vie et à la dignité humaine.

Dans de nombreux cas, ces drames sont la conséquence directe de grossesses non désirées, résultant de relations irresponsables et d’une absence de maîtrise de la sexualité. Le refus d’assumer les conséquences de ses actes, combiné à la banalisation des rapports sexuels non protégés, conduit à des situations où les enfants deviennent les victimes d’adultes défaillants.

Le problème est aggravé par le choix de partenaires instables ou peu fiables, ainsi que par la démission quasi systématique des pères biologiques, qui disparaissent sans être inquiétés. Cette fuite, souvent couverte par le silence de l’entourage, entretient un cycle d’impunité et d’irresponsabilité.
Si la pauvreté est une réalité pour de nombreuses familles, elle ne saurait justifier l’abandon d’un enfant. Des milliers de parents élèvent leurs enfants dans la dignité malgré des conditions difficiles. Invoquer la précarité pour excuser l’abandon revient à banaliser l’inacceptable et à nier la responsabilité fondamentale des parents.

Par ailleurs, la montée de comportements à risque, notamment la consommation excessive d’alcool et de drogues, la débauche et la marchandisation du corps , favorise des grossesses non assumées, laissant des vies innocentes livrées à l’indifférence générale.
L’abandon de nourrissons traduit également l’échec des familles et des communautés. Lorsque les proches ferment les yeux, que le silence est encouragé et que les leaders communautaires se taisent, une responsabilité collective est engagée. Aucun rejet social ne saurait justifier qu’un enfant soit condamné à la mort par abandon.

À cela s’ajoute une défaillance institutionnelle préoccupante. L’absence de politiques publiques efficaces de prévention, le manque de poursuites judiciaires dissuasives et l’inexistence de sanctions clairement appliquées créent un climat de tolérance dangereuse. Ce silence des autorités donne le sentiment que l’abandon d’enfants n’est pas une priorité nationale.
Dans ce contexte, l’enfant devient la grande victime oubliée. Son droit à la protection, à la dignité et à la vie est sacrifié. Chaque bébé abandonné incarne ainsi l’échec d’une société qui ne protège pas ses plus vulnérables.

Face à cette urgence sociale, des mesures fermes s’imposent : l’application rigoureuse de la loi, la responsabilisation des pères biologiques, le renforcement de l’éducation à la parentalité et une politique de tolérance zéro contre l’abandon de nourrissons.
Car une société qui abandonne ses enfants compromet irrémédiablement son avenir.

Soliri Charlotte