À Moundou, capitale économique du Tchad, les préjugés continuent de peser lourd sur les choix professionnels des jeunes, en particulier des filles. Pourtant, au milieu de ces barrières sociales, une voix s’élève : celle de Nénodjielembaye Caroline, 17 ans, qui a choisi d’apprendre la menuiserie, un métier que beaucoup associent encore exclusivement aux hommes. Ses camarades et certains étudiants se moquent d’elle, persuadés qu’une fille n’a pas sa place dans un atelier. Mais Caroline refuse de laisser ces idées reçues tuer son ambition.
« Mes parents m’ont inscrite à l’école, mais je n’avais pas de bons résultats. Alors j’ai demandé à suivre cette formation qui me tient à cœur, et ils ont respecté mon choix », explique-t-elle. Ce choix courageux en dit long sur la détermination de la jeune fille à tracer sa propre voie.
Les critiques n’ont pas tardé. « Au début, ce n’était pas facile. Beaucoup me disaient d’aller à l’école au lieu de perdre mon temps. Je leur ai simplement répondu : demain, je fabriquerai vos accessoires », raconte-t-elle, le regard tourné vers un avenir qu’elle façonne elle-même, planche après planche.
Son formateur, Naguinambaye Narcisse, est impressionné. « J’ai formé beaucoup de jeunes, mais c’est la première fois que je forme une fille. Et je peux témoigner qu’elle fait preuve d’un courage exceptionnel », affirme-t-il.
Dans une société où les stéréotypes brident souvent les rêves, Caroline rappelle que les filles ont les mêmes capacités que les garçons pour exercer n’importe quel métier. Son parcours, loin d’être anodin, ouvre une brèche et montre qu’aucune ambition ne devrait être étouffée par les préjugés.
Dingaorané Stephane, Correspondant

