• 7 mars 2026
  • N'Djamena

Tchad : quand la tenue donne lieu à des abus

Tchad : quand la tenue donne lieu à des abus

De plus en plus d’usagers de la route dénoncent les pratiques jugées abusives de certains agents en uniforme, accusés de transformer les contrôles de routine en opportunités d’extorsion. Ce phénomène, signalé notamment autour des ronds-points, dans certains quartiers périphériques et aux abords des ponts, tend à fragiliser l’image de l’ensemble du corps sécuritaire.

Pourtant, la mission première de ces forces est de veiller au respect de l’ordre public et à la sécurité des citoyens. Mais aujourd’hui, de nombreux automobilistes et conducteurs de motos affirment les percevoir comme une sorte de « milice fiscale », opérant parfois sans transparence. Les scènes sont récurrentes : des usagers sont interpellés pour des motifs variés: absence de phares, défaut de papiers, circulation à contresens ou transport en amazone. Si ces infractions constituent bel et bien des manquements au code de la route, c’est la manière dont les contrôles sont effectués et les amendes perçues qui soulève de vives préoccupations. Les montants exigés varient généralement entre 3 000 et 7 000 FCFA pour les motos, et jusqu’à 25 000 FCFA pour les voitures. Le tout, souvent sans remise de quittance officielle ni indication claire des textes en vigueur. Ce flou alimente le sentiment d’injustice et la suspicion d’un système parallèle de prélèvement informel.

Il faut toutefois souligner que les usagers eux-mêmes ne sont pas exempts de responsabilités. La méconnaissance ou le non-respect délibéré du code de la route notamment des feux tricolores, du port du casque ( facultatif) ou des pièces de circulation exigées contribuent à une situation confuse que certains agents peuvent être tentés d’exploiter à bon échéant. De là naît une dynamique perverse, où les comportements inciviques favorisent des pratiques arbitraires en retour.

Par ailleurs, plusieurs citoyens font état de contrôles effectués par des agents sans tenue réglementaire, ou à bord de véhicules non identifiés, notamment en soirée. Ces interventions, perçues comme non encadrées, renforcent le climat d’incertitude. « On ne sait plus qui est là pour nous protéger ou pour nous extorquer », confie un conducteur de taxi-moto, exprimant un sentiment partagé par bon nombre d’usagers. L’inquiétude grandit, non plus seulement à cause de la délinquance ordinaire, mais aussi face à certaines pratiques de ceux chargés d’y faire face. Ce climat de méfiance, s’il persiste, risque de saper durablement le lien de confiance entre la population et les forces de l’ordre.

De nombreuses interrogations demeurent sans réponse : où vont les fonds perçus sans trace ? Ces pratiques sont-elles le fait d’individus isolés ou le symptôme d’un dysfonctionnement plus large ? Tant que ces questions resteront en suspens, la frontière entre maintien de l’ordre et abus d’autorité continuera de s’estomper aux yeux des citoyens.

Enfin, cette situation met en lumière quelques défaillances partagées , en l’occurrence l’incivisme de certains usagers, le manque de rigueur dans l’application des règles par certains agents, l’absence des pièces exigées et un déficit de communication de la part des autorités. Pour y remédier, il est essentiel de renforcer la formation, la transparence et la responsabilisation à tous les niveaux. Car le respect mutuel entre forces de sécurité et citoyens reste la clé d’une cohabitation sereine sur les routes tchadiennes, et constitue un levier essentiel pour lutter efficacement contre la corruption et les pratiques peu orthodoxes souvent décriées.