Le vice-Premier ministre chargé de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Limane Mahamat, a adressé une lettre de mission aux délégués généraux du Gouvernement, aux présidents des conseils provinciaux, aux maires et aux responsables des services techniques de son département. Ce document fixe les orientations destinées à renforcer la gouvernance territoriale, la sécurité, la gestion des finances publiques et le fonctionnement des administrations locales.
Cette lettre fait suite à une mission de suivi-évaluation de la gouvernance territoriale menée du 19 au 23 mai à Moundou. Selon le Ministre, cette mission a permis de dresser « un état des lieux sans complaisance de la gestion des circonscriptions administratives » dans les provinces. Il rappelle que le Gouvernement est attaché « à la restauration de l’autorité de l’État, à la transparence financière et à la sécurité absolue de nos concitoyens ».
Sur le plan sécuritaire, les autorités territoriales sont invitées à renforcer la veille sécuritaire, à élaborer une cartographie des zones vulnérables, à intensifier les patrouilles dans les zones frontalières et les couloirs de transhumance, ainsi qu’à transmettre régulièrement des rapports à leur hiérarchie. Le document insiste également sur le partage rapide des informations sensibles, précisant qu’« aucun incident majeur ne doit être connu par l’administration centrale avant d’avoir été signalé préalablement aux autorités territoriales compétentes ».
La lettre réaffirme aussi que « la présence effective des autorités administratives à leurs postes respectifs est une exigence non négociable ». Les délégués généraux du Gouvernement, préfets, sous-préfets et autres responsables administratifs sont appelés à exercer leurs fonctions avec assiduité, à renforcer les contrôles et à multiplier les missions d’inspection et de supervision.
Face aux conflits agro-pastoraux, qualifiés de « l’une des principales causes d’insécurité et de tensions communautaires », les chefs des unités administratives sont instruits de renforcer les mécanismes locaux de médiation, d’organiser des concertations entre agriculteurs et éleveurs avant chaque campagne agricole et pastorale, et de favoriser la collaboration entre les autorités locales, les forces de défense et de sécurité, ainsi que les communautés.
Le vice-Premier ministre demande également aux responsables territoriaux de renforcer la coopération entre les unités administratives et les collectivités autonomes. Il les appelle à « faire cesser toutes les querelles institutionnelles et personnelles » et à éviter « les rivalités de pouvoir, les conflits de compétence, les susceptibilités ou les comportements et attitudes de défiance » susceptibles de fragiliser l’autorité publique.
Concernant les infiltrations d’étrangers en situation irrégulière et la circulation illicite des armes, la lettre considère ces phénomènes comme « une menace sérieuse pour la stabilité des provinces et la sécurité des populations ». Elle prescrit un renforcement des contrôles aux frontières, des patrouilles, des contrôles d’identité et de la collaboration avec les populations.
Le document ordonne par ailleurs l’identification des bâtiments administratifs occupés illégalement, soulignant qu’« aucune occupation anarchique du patrimoine immobilier de l’État ne doit désormais être tolérée ». Les délégués généraux sont également chargés de faire respecter les décisions de mutation des agents publics et de signaler tout refus de rejoindre un poste d’affectation.
La lettre prévoit en outre des mesures contre « la gestion illégale des espaces de marchés », le morcellement et la vente illicite des réserves foncières de l’État, ainsi que le non-versement des redevances minières aux collectivités autonomes. Elle demande aux autorités compétentes de renforcer les contrôles, de suspendre les opérations irrégulières et d’engager les procédures prévues par les textes.
Une instruction spécifique vise la province du Mayo-Kebbi Est, où le délégué général du Gouvernement est chargé d’évaluer les postes de contrôle installés sur le pont de Bongor et de démanteler ceux qui « ne répondent à aucune nécessité sécuritaire réelle ».
À l’endroit des présidents des conseils provinciaux et des maires, le ministre rappelle que « la transparence dans la gestion des ressources publiques constitue une exigence fondamentale de bonne gouvernance ». Les exécutifs locaux sont invités à respecter les règles budgétaires et comptables, à renforcer les mécanismes de contrôle interne et à promouvoir la reddition des comptes.
Les responsables des directions techniques du ministère sont chargés d’accélérer le transfert des crédits de fonctionnement, de poursuivre la révision des textes, d’organiser des missions régulières d’évaluation et de mettre en place un mécanisme de suivi de la mise en œuvre des recommandations.

