L’opération de déguerpissement engagée dans le cadre de la libération des espaces publics connaît des tensions dans le 9ᵉ arrondissement de N’Djamena. À Toukra, le retrait des habitations en saison des pluies a provoqué des réactions au sein des populations et mis en évidence des divergences d’appréciation entre autorités sur la conduite de l’opération. Tandis que certains responsables défendent l’application des décisions visant la récupération du domaine public et la mise en ordre de l’espace urbain, d’autres estiment que le contexte social et climatique actuel exige davantage de prudence et de concertation. Cette situation relance ainsi les interrogations sur la coordination des interventions publiques et la prise en compte des réalités des ménages concernés.
L’opération de dégagement des voies publiques engagée depuis plusieurs semaines à N’Djaména vise à libérer les emprises routières occupées illégalement afin de fluidifier la circulation et améliorer l’organisation urbaine de la capitale. Menée dans plusieurs communes, cette campagne découle des décisions prises lors de la réunion du 21 mai 2026 présidée par le ministre délégué auprès du Vice-Premier ministre avec les maires des communes. Conteneurs, commerces installés de manière anarchique et autres occupations de l’espace public sont progressivement retirés.
Sur le principe, l’initiative répond à une préoccupation largement partagée. La croissance rapide de N’Djamena s’est accompagnée d’une occupation parfois désordonnée de certains espaces publics, compliquant la circulation et limitant les possibilités d’aménagement urbain. Pour les autorités, récupérer ces emprises constitue une étape nécessaire pour moderniser la ville et garantir une meilleure utilisation du domaine public.
Dans le 9ᵉ arrondissement, les premières phases de l’opération se sont déroulées sans incident majeur. Mais la situation a pris une autre dimension avec le déguerpissement de plusieurs habitations dans le quartier de Toukra. L’intervention est survenue au début de la saison des pluies, une période particulièrement sensible pour les ménages vulnérables. Des familles se sont retrouvées sans abri, suscitant émotion et interrogations au sein de l’opinion publique. Face à cette situation, le ministre de l’Aménagement du territoire, Mahamat Assileck Halata, s’est rendu sur place aux côtés d’un élu.
Le membre du gouvernement a estimé que cette opération n’était pas appropriée dans le contexte actuel, considérant qu’il n’était pas envisageable de déguerpir des habitations alors que les pluies commencent à s’installer sur la capitale. Cette position n’a cependant pas fait l’unanimité. Le maire du 9ᵉ arrondissement ainsi que l’administrateur délégué ont exprimé leur mécontentement. Selon eux, l’opération s’inscrit dans l’application d’instructions émanant du ministre délégué auprès du Vice-Premier ministre. Ils défendent également la nécessité pour l’État de récupérer ses terrains lorsque ceux-ci relèvent du domaine public, afin qu’ils puissent être réaffectés à des projets d’intérêt général.
Au-delà de la divergence de points de vue, cette affaire suscite une question plus profonde, celle de la coordination entre les différentes institutions impliquées dans la gestion urbaine. D’un côté, les autorités locales invoquent l’exécution d’une décision administrative. De l’autre, le ministère de l’Aménagement insiste sur la nécessité de prendre en compte la dimension humaine et les réalités sociales du moment.
Cette situation révèle ainsi la difficulté de concilier deux impératifs parfois contradictoires. Faire respecter les règles d’urbanisme tout en protégeant les populations les plus exposées. Car si la récupération du domaine public apparaît comme une nécessité pour l’avenir de la capitale, la manière dont les opérations sont conduites demeure tout aussi importante que les objectifs poursuivis.
L’affaire de Toukra souligne également l’importance d’une communication claire entre les différents niveaux de responsabilité. Lorsque des autorités publiques affichent des positions divergentes sur le terrain, le risque est de créer l’incompréhension parmi les citoyens et d’alimenter les tensions au sein des communautés concernées. Aujourd’hui, au-delà de la polémique, l’urgence reste la situation des familles affectées. Beaucoup attendent des mesures d’accompagnement ou des solutions temporaires pour faire face aux conséquences du déguerpissement.
Dans une capitale confrontée à une forte pression démographique et à de nombreux défis d’aménagement, l’épisode de Toukra rappelle que toute politique urbaine durable doit trouver un équilibre entre l’autorité de l’État, le respect des textes et la prise en compte des réalités humaines. Plus qu’un simple différend administratif, cette affaire pose la question de la gouvernance urbaine et de la coordination de l’action publique. Il est important que les autorités compétentes clarifient les responsabilités, harmoniser les décisions et trouver rapidement une solution pour les familles concernées, afin d’éviter que la recherche de l’ordre urbain ne se transforme en crise sociale.
YOHANE DJIMET DJIBRINE

