• 12 mars 2026
  • N'Djamena

Tchad : les enseignants de N’Djamena dénoncent la décision du Ministre sur les salaires de février

Tchad : les enseignants de N’Djamena dénoncent la décision du Ministre sur les salaires de février

La section provinciale du Syndicat des Enseignants du Tchad (SET) de la ville de N’Djamena a exprimé sa vive indignation à la suite de la récente sortie médiatique du ministre de l’Éducation nationale et de la Promotion civique au sujet du paiement des salaires des enseignants. Lors d’un point de presse organisé le 12 mars 2025, les responsables syndicaux ont d’abord salué le rôle des médias dans la défense des causes sociales, notamment celle des enseignants tchadiens, avant d’aborder la question qui suscite actuellement de vives tensions dans le secteur éducatif.

Au cœur de la polémique, l’annonce selon laquelle le salaire du mois de février des enseignants ne serait versé qu’à la fin du mois de mars, avec des retenues pour « jours non prestés ». Une décision que le syndicat qualifie d’« aberration administrative » et de « profond mépris envers le corps enseignant ». Selon le SET, le salaire constitue un droit fondamental et le fruit du travail des enseignants, qui contribuent chaque jour à la formation des générations futures. Les responsables syndicaux rappellent également que le Ministère de l’Éducation nationale est un Ministère utilisateur et non l’employeur direct des enseignants, estimant que toute décision relative à la suspension ou au report des salaires relèverait d’un excès de pouvoir.

Le syndicat dénonce par ailleurs ce qu’il considère comme un traitement inéquitable entre les différents corps de la fonction publique. D’après ses responsables, les mesures de répression évoquées à l’égard des enseignants lors des mouvements sociaux ne sont pas appliquées avec la même rigueur dans d’autres secteurs comme la santé, la justice ou l’élevage. Autre point de discorde : l’affirmation selon laquelle les enseignants tchadiens seraient les mieux rémunérés d’Afrique centrale. Les représentants syndicaux rejettent catégoriquement cette déclaration, évoquant plutôt une précarité croissante face à la cherté de la vie. Ils citent notamment l’exemple des enseignants du Cameroun, dont les conditions salariales ne seraient pas inférieures à celles de leurs collègues tchadiens.

Pour le syndicat, la mobilisation actuelle ne relève ni d’une rébellion ni d’un mouvement politique, mais d’une revendication légitime visant la valorisation de la fonction enseignante. Une aspiration qui, selon eux, s’inscrit dans les engagements du programme politique porté par le président de la République. Face à la situation, la section provinciale du SET de N’Djamena appelle à l’intervention des plus hautes autorités de l’État. Elle sollicite notamment l’implication du Médiateur de la République afin de favoriser un climat d’apaisement et exhorte le Premier ministre à accélérer les travaux de la commission interministérielle chargée des négociations.

Les enseignants ont également adressé un appel direct au chef de l’État, Mahamat Idriss Déby Itno, afin qu’il s’implique personnellement pour décrisper la situation et trouver une issue à la crise. Malgré la rétention annoncée de leurs salaires, les responsables syndicaux saluent l’engagement des enseignants qui continuent d’assurer les cours. Ils soulignent que beaucoup restent devant leurs élèves malgré les difficultés financières, dans un contexte marqué par le mois de Ramadan pour les musulmans et la période de carême pour les chrétiens.

Pour le SET, cet engagement témoigne d’un sens élevé de responsabilité et d’un profond patriotisme. « L’enseignant demeure le socle de la nation et sa dignité n’est pas négociable », ont insisté les responsables syndicaux. Tout en se disant ouverts au dialogue, les enseignants formulent deux principales revendications :

-le versement immédiat et intégral des salaires du mois de février,

-et l’accélération des négociations afin d’aboutir à un protocole d’accord visant l’amélioration des conditions de vie et de travail des enseignants.

Le syndicat affirme enfin qu’il ne cédera pas à la provocation et qu’il poursuivra sa mobilisation pour la défense des droits du corps enseignant et la revalorisation de l’école tchadienne.

Soliri Charlotte

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