• 19 mai 2026
  • N'Djamena

Gagal : au lycée André Mossam, l’école sous les pailles mais l’espoir demeure

Gagal : au lycée André Mossam, l’école sous les pailles mais l’espoir demeure

À Gagal, chef-lieu du département de la Nanaye, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, le lycée public André Mossam, créé en 1980, présente aujourd’hui un visage alarmant. Plus de quatre décennies après sa création, l’établissement ressemble davantage à un campement de fortune qu’à un cadre d’apprentissage. Pourtant, au milieu de cette précarité, la soif de savoir demeure intacte.

Implanté au cœur d’un champ de maïs récemment récolté, le lycée fonctionne sous des hangars de fortune servant de salles de classe. Certains sont entièrement construits en paille, d’autres recouverts de tôles soutenues par des parois de tiges séchées, laissant libre passage au vent et à la poussière. Ces abris de fortune résistent tant bien que mal aux intempéries.
À l’intérieur, les conditions sont tout aussi éprouvantes. Le mobilier scolaire est quasi inexistant. Quelques élèves seulement disposent de bancs, tandis que la majorité s’assoit sur des branches d’arbres posées sur des fourches de bois. Beaucoup utilisent leurs genoux comme pupitre pour prendre des notes, dans un silence et une concentration qui témoignent de leur détermination.

L’établissement ne dispose ni de point d’eau, ni de latrines, ni de terrain de sport. Malgré cela, l’administration et le corps enseignant poursuivent leur mission avec courage et engagement. Leur principal plaidoyer porte sur l’obtention d’un centre d’examen du baccalauréat à Gagal, afin d’éviter aux candidats de longs et coûteux déplacements vers d’autres localités.
« Nous disposons de 18 enseignants titulaires et de 4 vacataires. La progression des cours est inégale : certains sont encore aux premiers chapitres, tandis que d’autres ont déjà atteint le sixième. Outre le manque d’infrastructures, l’absence d’un centre d’examen du baccalauréat pénalise fortement nos élèves », explique Houlterbe Patalet, proviseur du lycée.
Une préoccupation partagée par les autorités locales.
« Le lycée André Mossam dispose d’un effectif enseignant satisfaisant, mais les élèves sont contraints de se rendre à Pala, Mbaïnamar ou Pont-Carol pour passer le baccalauréat. Beaucoup quittent l’établissement dès la classe de seconde pour se rapprocher de leur futur centre d’examen. Pourtant, le département de la Nanaye est le plus vaste et le plus peuplé de la province », souligne Kalmaybe Maye Reumkeu, préfet du département.

Le lycée André Mossam de Gagal incarne ainsi la résilience face à l’abandon. Dans ce champ de maïs transformé en école, des élèves défient chaque jour la précarité pour construire leur avenir. Reste à savoir combien de temps encore ils devront écrire sur leurs genoux avant que l’État et les élites locales ne leur offrent des conditions d’apprentissage dignes.

OUMAROU ABBA, Correspondant