L’horreur vécue les 2 et 3 février 2008 a laissé des stigmates ineffaçables dans la mémoire collective des Tchadiens. Dix-huit (18) ans après, la bataille de N’Djamena resta l’un des épisodes les plus traumatisants de l’histoire récente du pays.

En effet, après plusieurs années de préparation depuis le territoire soudanais, alors considéré comme un foyer majeur des mouvements rebelles contre le Tchad depuis le crépuscule des années 1980. Une importante colonne rebelle, engoncés sur près de 300 véhicules, lança une offensive éclair, semblable à celle du 13 avril 2006, en direction de la capitale, parvenant à percer les lignes de défense de l’Armée nationale tchadienne (ANT).
Ainsi, le jeudi 31 janvier 2008, les rebelles atteignirent Ati, à environ 400 kilomètres de N’Djamena. Bien que survolées par l’armée française, leurs positions restèrent toutefois difficiles à localiser avec précision.
Dès lors, la confrontation devient une issue à laquelle l’armée doit faire face. La confrontation était donc inévitable. Le Président Idriss Déby Itno annula à la dernière minute son déplacement prévu au sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba et choisit de rester à N’Djamena afin de diriger personnellement la riposte, comme à ses habitudes.
Par conséquent, il mobilisa ses troupes et décida d’aller à la rencontre de l’ennemi à Massaguet, à 80 kilomètres au nord de la capitale. S’ensuivit une guerre d’une rare intensité. Selon ses biographes et plusieurs historiens, il faillit être capturé, en ayant perdu l’essentiel de ses hommes sur le terrain. Toutefois, il convient de rappeler qu’il s’agissait davantage d’une stratégie que d’une faiblesse : laisser les rebelles pénétrer profondément sur le territoire tchadien, loin de leurs bases arrière, visait à épuiser leurs ressources logistiques et leurs combattants.
Le vendredi 1er février, de violents combats éclatèrent à Massaguet. Tentant de neutraliser une première colonne rebelle, le Chef de l’État se retrouva face à une seconde force adverse lors de sa manœuvre de repli. Les affrontements furent rapprochés et d’une extrême intensité. Le chef d’état-major général des armées, le Général Daoud Soumaïne, trouva la mort. À cet instant, l’armée tchadienne vacilla, tandis que la situation devint critique pour le pouvoir en place. Après l’effondrement du verrou de Massaguet, seuls quelques points sensibles demeurèrent sous le contrôle de l’armée : l’aéroport, la Présidence de la République, les casernes militaires ainsi que d’autres sites stratégiques situés à quelques pas du palais présidentiel.
Par la suite, les 2 et 3 février, la bataille se transporta au cœur même de N’Djamena. Malgré leur percée spectaculaire et suicidaire, et en raison de divergences internes, les rebelles échouèrent de prendre le contrôle de la Présidence de la République. La capitale sombra alors dans le chaos durant 2 jours d’affilée.
Selon le rapport de la Commission nationale d’enquête, ces événements firent 977 morts, 1 758 blessés, 32 cas de viols déclarés et 380 personnes détenues, civils et militaires confondues.
Ainsi, l’attaque du 2 février 2008 demeura le symbole d’une période d’instabilité profonde et des lourds défis auxquels le Tchad dut faire face pour préserver son autorité et sa sécurité nationale.
Plus qu’un simple épisode militaire de l’histoire contemporaine du Tchad, cette guerre resta une plaie ouverte dans l’âme du pays avec son corolaire de veuves, d’orphelins et de mutilés, une déchirure collective dont les cicatrices marquent encore la conscience nationale. Dès lors, comme le dit l’adage africain, les conséquences corrigent mieux que les conseils.
La paix et la stabilité demeurent désormais l’idéal de tout Tchadien ayant compris les affres de la guerre de février. Par conséquent, vivre une décennie sans conflit devient le vœu profond des filles et fils de Toumaï. Enfin, le 2 février 2008, jour où le Tchad vacilla, demeure inoubliable.
Cheik Souleyman

